Rechercher
  • Yves Yger

En pointillé

Petit jour bleu sur la Chartreuse. Il doit geler sur les crêtes encore bien enneigées et il va falloir ruser pour les franchir de bon matin sans prendre de risque. Je choisis de passer par un passage méconnu et d’altitude plutôt modeste (environ 1200m) pour être tranquille, le col de la Cochette, au bout des admirables forêts de Valombré. Valombré, Vallombreuse, je suis le Capitaine Fracasse et je passerai ! Itinéraire non balisé, marginal comme je les aime, qui se termine par un créneau lumineux dans la muraille. Fort heureusement, les derniers lacets ont été consolidés par des murettes, et ça passe plutôt bien. De l’autre côté c’est autre chose. De grandes mitrailles d’hiver ont détruit les murailles : tout s’est effondré. Respirer ! Crocher les semelles dans la pierraille. S’accrocher au bâton salvateur… Oh ! que je regrette une autre Cochette, celle, tranquille et aérienne pourtant, des Entremonts, où je grimpe en toutes saisons. Enfin, c’est passé. Hélas, pour rejoindre le col de la Charmette sans perdre d’altitude, j’ai repéré une piste ancienne, en petits pointillés sur la carte. J’aurais dû comprendre le vrai sens des mouchetures imprimées : très vite, le sentier de corniche devient trace aléatoire, itérative, et disparaît souvent dans les éboulis. Trois chamois me regardent avec grande pitié, puis s’éclipsent, l’air entendu, dans la pente. Au premier soleil, la falaise au-dessus se met à bombarder quelques pavés, il ne faut pas traîner. Trois kilomètres de grosse galère, rassuré par le GPS, mais pas fier. Col de la Charmette, désert, puis montée au col de la Grande Vache dans la neige, maintenant ramollie par le soleil. En tout 1200 mètres de dénivelée depuis ce matin. Avant d’entamer la longue descente vers Voreppe, par le Pas de la Miséricorde, vertigineux et bien nommé.

La Placette, inondée de soleil. Au détour d’un chemin loin de tout, quelques murs effondrés, un linteau de porte suspendu, un vieux panneau de bois marqué : « Maquis Palace ». Ici, il y a 75 ans, on a dit non, ici on s’est battu. La Bête immonde revient toujours, et mes parcours sont dérisoires. Mais s’il faut se lever, je serai là.

Le fond de la vallée, autoroutes et zones industrielles fumantes.

Un sérieux de bière pression en terrasse, dans le monde quotidien. Est-ce bien sérieux, tout cela ? Demain, le Vercors. Je ferai gaffe aux pointillés des chemins.





0 vue