Charmettes endormies

L’hiver a endormi les Charmettes et Rousseau a froid dans la neige. Pas un visiteur en ce lundi ensoleillé ! Je déambule entre les buissons de buis un peu brûlés par le froid, j’explore le verger à la recherche de quelques traces furtives d’une promesse de printemps… pour le moment, au premier regard, rien ! Seul un petit bonhomme de neige s’ennuie sur un parterre, semblant s’amuser des panonceaux botaniques inutiles. Demeurent encore d’infimes témoignages des splendeurs passées : quelques rafles d’une treille disparue, quelques courageux pieds de pervenches, quelques ombelles de graines oubliées. La vie est pourtant là, juste sur les murailles de la terrasse : des ramures de lierres courageux brandissent les poings serrés de leurs fruits, un arrogant lycopode offre ses sporanges pourpres à la froidure ; on peut même, en cherchant bien, deviner le bouton d’une future primevère lovée entre les mousses. Et surtout, surtout, les premiers chatons de noisetiers dansent déjà au-dessus du Nivolet, promettant de futures allergies aux sensibles narines chambériennes.

La ruche et silencieuse, la vigne éteinte ; le silence du théâtre avant les trois coups. Je sais que dans quelques temps, dans les bois des alentours, les premières pointes d’ail des ours vont émerger des feuilles mortes signe de l’ouverture. A chaque printemps, cette rendez-vous m’amuse et m’émerveille.

Lorsque je partirai d’ici, le 31 mai prochain, tout le jardin, toute la nature se fera fêtes et musiques. D’où ce titre d’ « aubade botanique » que je donnerai à ce départ.

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