La fantaisie du voyageur


Maintenant que la date du départ approche, vient le temps des questions et des incertitudes. Les jardins qui me font l'honneur de m'accueillir pour écouter mes histoires de plantes sont autant de havres rassurants au cours de la croisière. Je sais y être attendu, et je sais tellement gré à leurs responsables de m'avoir ouvert leurs portes. Mais beaucoup d'étapes me sont à ce jour inconnues, car je veux laisser place, au cours de cette « parenthèse enchantée » de ma vie, à la fortune du chemin. La fantaisie du voyageur, c'était le beau titre d'un roman de François-Régis Bastide, que j'écoutais autrefois avec ferveur le dimanche soir dans l'émission « le masque et la plume ». C'est dans cet esprit de hasard que j'ai souhaité une totale autonomie matérielle : pouvoir s'arrêter à l'improviste, parce que la clairière est belle, herboriser à l'ancienne, planter sa tente à l'arrière d'un talus, écouter la nuit qui marche, puis repartir au petit matin, un peu courbaturé mais libre. Un luxe de prince. Mais la solitude, si elle est souvent bénéfique à la réflexion, à l'écriture et à la création, n'est pas une pénitence. Je sais et j'espère qu'il y aura aussi des rencontres, des rires, et des chemins de traverse.

Même si, de Paladru à Pélussin, j'emprunterai quelque temps un de ces chemins trop bien balisé au vent de Compostelle, le chant des petites routes et des chemins inopinés m'appellera, sitôt le Rhône franchi, à écrire une histoire singulière et unique, faite d'inventions et de coïncidences. J'ai hâte maintenant, au hasard du colporteur, d'aller écouter le bruissement des Dieux dans les futaies, déchiffrer la couleur des saules, et sentir l'odeur de la terre juste après la pluie.

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