Le savoir des roses

J'arrive à Saint-Galmier, pays des roses et des bulles. Cela fait plusieurs années que je rends visite à la Roseraie pour y présenter mes différentes causeries. À chaque fois, c'est un enchantement, autant pour la magnificence du jardin que pour l'accueil chaleureux que j'y reçois. J'y retrouve « mon public », qui attend un nouveau thème, une nouvelle forme, si possible originale, et ce cadre charmeur où l'on se promène comme on tournerait les pages d'une encyclopédie.


J'y présente aujourd'hui, pour la première fois en version promeneuse, ma « Saga botanica », histoire raccourcie de la Botanique. J'arrive de bonne heure pour trouver des idées de ma propre mise en scène utilisant au mieux le paysage existant : ici la cabane en noisetier deviendra hutte de l'âge du bronze, là une corbeille à déchets, si on lui adjoint une chaise, sera, au moyen-âge, le pupitre du « scriptorium » d'une abbaye perdue, le belvédère se transformera en navire pour Humboldt et Bonpland, le sable de l'allée verra passer Théodore Monod dans le désert... Depuis des années où je pratique l'animation d'extérieur, j'ai la chance de pouvoir « lire » rapidement l'espace, et d'y trouver des correspondances scénographiques que j'espère cohérentes.


Si ma rose préférée reste « Rosa canina », la rose des chiens, celle de l'églantier des bords de chemin, je comprends que l’'on puisse se passionner pour l'univers des roses cultivées. Est-on là dans la botanique ? Ou dans une forme d'exercice intellectuel, une sorte de jeu de la création et du hasard ?


L'univers de la rose, c'est d'abord celui des hommes et des femmes plus que celui des plantes : quand on déambule entre les parterres, les noms des rosiers racontent des histoires d'amours, de passions d'une vie ; ils font souvent sourire et évoquent à demi-mot des secrets comme par des messages codés. On parle des célèbres rosiéristes (et ils sont nombreux dans la région lyonnaise), comme d'une noblesse de grands créateurs de mode, un monde à côté du monde, et même leur nom évoque quelque chose qui nous dépasse : Meillant nous conduit au château, Ève et Croix sont forcément sacrés… Faire pousser l’une de ces roses prestigieuses en son jardin, c'est entrer en confrérie, avec ses langages et ses règlements, c'est prétendre qu'on fait partie de ceux qui savent contraindre un peu la Nature, pour des raisons d'esthétique. C'est un jeu, un art, une discipline.


Sans doute suis-je trop libertaire, ou trop ignorant (?), mais pour l'instant je préfère malgré tout mon rustre églantier à ces constructions subtiles. Peut-être un jour...


Mais il n'empêche que ce soir j'aime m'amuser à discourir sur l'histoire des botanistes dans les allées de la Roseraie.


Et parler de Monsieur Rousseau, de Monsieur Linné et Monsieur Jussieu devant un tel décor est un luxe de comédien.


Yves YGER

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