Un soleil de craie


Deux jours de vagabondage en compagnie d'Annick Cesbron, comédienne, créatrice de la compagnie « À Travers champs » à Chanzeaux. Nous nous sommes donné rendez-vous le soir, dans la fraîcheur des troglodytes de Turquant, et entamons dès le lendemain un cheminement le long et au-dessus du fleuve Loire. Je ne connaissais pas Annick : magie positive des réseaux dits sociaux, qui forcent parfois les heureuses occurrences et les belles coïncidences.

Le défi de cette rencontre est, tout en marchant sur les chemins angevins, de préparer un spectacle dans deux jours au jardin Camifolia de Chemillé ! En mêlant nos univers respectifs de plantes et de mots, nos pas se font musiques; les histoires d'arbres, de sorcellerie et d'élixirs, surgissent au détour du sentier.

Le spectacle se construit imperceptiblement : on dirait qu'Annick serait ma surprenante assistante, on dirait que je serais le Professeur Gégère, soit disant expert en chose botanique, on dirait que tu serais... Jeu d'enfant, jeu de comédie... « La, la la, la, comédie d'un jour », comme la chanson de Paolo Conté... Reste avec moi, Annick, musique, comme avant les violons de « Stand by me »...

Nous ferons le spectacle et il aura le souvenir de cette lumière.

Sur le chemin d'entre les vignes, la violence du soleil crache sur la blancheur du falun. Nous sommes avides d'ombre, de repos et de paix, et pourtant nous devons avancer.

Chênehutte, au nom de préhistoire, les grèves du fleuve aux apparences tranquilles, puis remonter en un dernier effort sur le plateau de craie.

Au bout du jour, enfin, le bois de Milly, une clairière à l'écart du chemin. Ce sera notre havre, notre anse abritée en dehors du monde. Nous y jetons notre campement et dormons à la lune. Quand on regarde le ciel, les cimes des jeunes chênes forment une surprenante dentelle dans la nuit. Bourdonnements volatiles, bruits de pas furtifs, frôlements tout proches, les oiseaux se sont tus. L'étape d'aujourd'hui était trop longue.

Le lendemain, dans un champ de soleil, tout près de Doué La Fontaine, nous croisons monsieur Treulier, qui travaille autour de ses rosiers. Il nous parle de sa ferveur envers les roses, des techniques de taille, et de l'amour des fleurs et des gens. Une lumineuse rencontre, une fois de plus.

Halte rédemptrice au restaurant ouvrier de Martigné-Briand, où le patron compréhensif nous accueille malgré l'affluence : j'aime l'atmosphère de ces lieux simples, mi-temps des journées de labeur, j'adore leurs bruits, leurs rires, leurs serveuses de belle humeur.

Goûter ici un verre de Coteaux du Layon est un luxe de ministre.

Repartir. Nous traversons les riches domaines viticoles de Bonnezeaux, décidément le vin est ici prestige - je préférais le restaurant ouvrier de tout à l'heure - et nous fourvoyons entre les rangées cossues, avant de retrouver le tracé du vieux chemin de fer de l'Anjou.

Thouarcé. Thouarcé la canicule.

S'arrêter, enfin, dans la maison d'Annick. Laurent, son mari, est à la tête d'une importante production de plantes médicinales. Même si cette agriculture-là est bien différente de celle des petits producteurs que je connais, on sent chez lui la même envie, le même savoir et les mêmes interrogations quant à l'avenir et à la réglementation de cette filière.

Annick me fait découvrir son lieu de création et de spectacle, intégré dans l'exploitation : une véritable salle professionnelle, où l'on a envie de jouer la comédie, danser, et chanter aussi.

Le spectacle de dimanche est à peu près construit, finalement.

Le soleil illumine encore ce soir l'Anjou.

Yves YGER

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