Acte II

02/06/2017

 

J’ai quitté il y a quelques jours le Cabardès, chassé par le Cers, le vent qui rend fou, et puis je reviens dans le Sud comme un chien qui n’aurait pas eu son compte.

J’y reviens, promis, par Montpellier l’Antique, la Belle Millénaire, forcément, mon étape indispensable. Montpellier, La Ville, La Mecque de la science botanique, là où, depuis notre moyen-âge, toutes les cultures savantes et médicales se sont croisées, heurtées, mêlées, arabes, latines, méditerranéennes, humanistes, précieuses, arrogantes et définitives.

Je parcours la ville à pied, me perds dans ses ruelles inconnues, mon smartphone en pitoyable Cicérone, me rit de ses perspectives à la fois grandioses et ridicules, admire ses monuments que l’on dit de triomphe, et cherche dans l’ombre le fantôme du jeune Rousseau le mal-aimé.

Sur les Abribus, une belle autochtone nue, le regard faussement innocent, la poitrine offerte et le corps lascif et dodu, promotionne l’évènement pictural de l’été : la demoiselle callipyge aurait effarouché le futur philosophe, qui aurait méprisé et accablé encore un peu plus les gens d’ici.

Dommage, elle est fort belle.

Je déambule place de la Comédie, y commande et apprécie une bière fraîche, perds un temps heureux chez Sauramps, l'admirable marchand de livres à moitié enterré sous l’esplanade. J’y acquiers quelques cartes géographiques destinées à rassurer mes futurs parcours vers les Montagnes Pyrénées et perds, comme dans toutes les vraies librairies, un temps indispensable. Je folâtre, feuillette, persiste à renifler la poésie et les histoires de jardins, et puis, un peu affolé de tous ces vertiges possibles, cours me réfugier au Jardin des Plantes, ce lieu protégé par l’Histoire, les Muses, les noms latins et les citations littéraires.  J’y suis invité demain, et je tiens à être à la hauteur de l’enjeu. Qu’est-ce qu’on se sent bien, en ce printemps de toutes les caresses, entre ces arbres-pépites saugrenus et rares, ces couples d’amoureux pâles et admirables qui se promènent en souriant un peu niaisement, et cette connaissance historique qui sourd de chaque parterre !

Je ne serai jamais spécialiste, mais j’ai la chance, comme un promeneur solitaire et badin en apparence, d’oser ressentir quelques vibrations anciennes.

Demain, je recommence.

 

 

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