Le pèlerin clandestin


Après cet intermède urbain et montpelliérain, il sera temps demain de me diriger vers l’Ouest, par le chemin du Piémont pyrénéen, de retrouver la discipline cadencée de la marche à pied, cette mécanique ritournelle qui permet, comme la meule du moulin, de produire une pensée plus fluide, plus facile à travailler, plus disponible, plus apte à l’imagination et à la création.

Je quitterai Carcassonne, par un de ces sentiers de Compostelle que je ma targue d’ignorer le plus souvent. J’ai toujours eu une réserve pour ces itinéraires trop bien définis, ces parcours que l’on dit sacrés et gravés dans l’Histoire.

Quand il m’en parle, je sens chez le pèlerin un je-ne-sais-quoi d’énigmatique, de nuageux, d’un arcane que je ne peux pas comprendre. Sans doute les vieilles convictions libertaires de ma jeunesse reviennent me chatouiller, comme d’anciennes cendres pas tout à fait éteintes, et je préfère clairement les pistes de traverse, les « chemins noirs » chers à Sylvain Tesson. L’exode coquillard sur des lignes trop bien définies, avec ses étapes obligées, son business des indulgences, ses crédences et ses oblitérations, m’agace, jusqu’au jour où j’aurai tant pêché qu’il faudra bien que je me fustige. Deviendrai-je alors jacquet ? J’en doute. Mais pour l’instant, en voyageur clandestin profitant de l’aubaine, je vais suivre le sens des coquilles.

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