Quoi ? Ma queule...

25/05/2018

Ascension du Mont Beuvray par l’arête sud-est.

 

 

 

 

Deux heures de bonne montée à l’ombre, sans guide ni crampons, arrivée brutale et ensolleillée sur la terrasse mitterandienne de l’antique Bibracte : il me souvient que « Tonton » avait envisagé un moment de faire ériger son tombeau ici, il est vrai que ça aurait eu une certaine allure, face à l’ombre de Jules César !

 

Je visite en touriste les vestiges de l’oppidum celte. De nombreux champs de fouilles passées ou en cours, un musée très « concept » un peu grandiloquent, très « culture d’en haut ».
J’aurais aimé autrefois faire profession d’archéologue de terrain, manier la pelle, la truelle et le pinceau pour découvrir -au sens propre- la vie des gens, leurs habitudes quotidiennes, leurs usages, leurs outils, leurs croyances : voir comment c’est chez l’autre, comment il se débrouille, s’habille, se nourrit, échange, fait son commerce. Non, pas voyeur, non, regardeur, songeur.

 


Un peu comme quand on vide une maison de famille, et qu’on tombe sur des objets familiers, et qu’on rêve sur le coupe-papier en ivoire, qui a servi peut-être à ouvrir des lettres d’amour, ou des télégrammes annonciateurs des drames, ou sur la pipe du grand-père, qui donnait au bonhomme, sur les photos jaunies, avec ses élégantes moustaches, un air de gentleman écossais.
Parmi tous les restes présentés dans les vitrines du musée, un bout de tesson beige sur lequel un(e) habitant(e) a écrit, comme un graffiti : « Kurra », ce qui signifie « la naine ». Ce vase en terre cuite appartenait-il à la nabote ? Y gardait-elle son petit manger ? Ou bien quelqu’un avait voulu ainsi trouver une manière de se moquer d’elle ? Rien n’a changé, en fait, et nous continuons à nous approprier des potiches ou des livres, à railler l’autre sur des murs virtuels, et à tenir par écrit des marques de possession ou des insultes. 
J’erre un bon moment d’un site à un autre, et suis surpris par les arbres du site, des hêtres couverts de mousse, certainement très anciens, dont les extravagances entrelacées et noueuses créent des chimères et autres animaux fantastiques.

 

 

J’apprendrai qu’ici on nomme « queules » ces étranges arbres-phénomènes, et que leurs contorsions ne sont pas seulement dues au travail des siècles, mais sont les témoignages de celui des hommes : entaillant la base des arbustes, les tressant et les « plessant », les ouvriers cantonniers de l’époque créaient des haies naturelles en bordure des chemins. 
Bien sûr il faut deux mille ans pour arriver au résultat, et on doit bien reconnaître que les thuyas, de nos jours, poussent plus vite, mais quelles trognes ont ces créatures vénérables, et qu’il doit être surprenant de se promener là haut la nuit !

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