le Fou de Verdun

Traversée tranquille en six heures depuis Anost jusqu’au Lac de Pannecière, par de très bons chemins tracés dans les sapinières toujours aussi calmes et impressionnantes que des temples péristyles.

J’arrive au lieu nommé « Le Fou de Verdun », dont le nom n’est pas l’hommage à un poilu délirant dans le feu et la mitraille (quoique lorsque je vois les monuments aux morts de ce pays, je sens qu’il a été lourdement saigné dans sa chair, comme tant de campagnes françaises), mais plus simplement, au pied d’un oppidum celtique, un site sacré autour d’un « fou », c’est-à-dire un fayard, un hêtre vénérable.

Près de l’émouvante chapelle de Faubouloin, trois fontaines prétendues miraculeuses, où l’on venait autrefois de loin en pèlerinage pour guérir toutes sortes de maux et de sortilèges.

La fontaine dite « du Frêne », dont l’arbre protecteur a disparu depuis longtemps, est la plus poi-gnante : certainement une résurgence du culte voué à « Yggdrasil », notre Fraxinus excelsior, Panthéon germanique des divinités de la forêt, récupéré et christianisé par l’Eglise au moyen-âge. Hélas, presque tous les feuillus, si propices aux sylvestres croyances, ont disparu, écrasés par la chape de plomb des résineux de rapport. Paysage vitrifié. Repartir, sans être guéri, mais touché. Merveille des jeux de couleurs et de forme entre les humbles mourons jaunes, les lumineux doronics d’Autriche et les pampilles blanches des sceaux de Salomon. Vertige des talus.

Les ruisseaux jouent avec le chemin, forment des gués qu’il faut passer pieds nus et invitent à la baignade. On ne peut résister. Personne aux alentours. Je dépose le harnais et la charrette, abandonne tout, pour goûter la fraîcheur un peu brutale de l’onde. Simple, évident, vital.

Suis-je ce matin le Fou des eaux qui courent ?

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