DOUCE AMERE SOLITUDE

18/06/2018

Un lundi matin au mitan de la France, en direction de Montoire sur le Loir, petite ville blanche souillée par l’histoire.

Le petit crachin ne cesse de pleurer sur le long chemin triste, effleurant le pied des courtes falaises de craie vermoulues de troglodytes. A cette heure de grisaille, ce pays est-il vraiment, comme on l’écrit, celui de la douceur de vivre, de l’harmonie des sens, des Pléiades inspirées, celui qui éveilla l’âme de Ronsard, où germa le génie de Balzac ? J’en doute ! Tout en marchant, me sonnent pourtant en tête, telles d’anciennes antiennes, le souvenir des phrases belles, apprises au lycée il y a fort longtemps :

«Ici commence une vallée qui commence à Montbazon et finit à la Loire… Elle était, comme vous le savez déjà, sans rien savoir encore, le lys de cette vallée, l’emplissant du parfum de ses vertus. »…(ou à peu près, selon ma mémoire !).

Et toi, si loin, Lys de ma vallée.

Ici, loin de mes chers Entremonts, les vallons sont maigres et l’horizon trop proche. Comment peut-on vivre à Montoire ?

La pluie dilue la pastille des aquarelles de la mémoire, et déclamer seul à voix haute, avec comme unique public l’oseille et la bardane, apporte un peu de réconfort au promeneur de la Saint-Jean. Solitude recherchée et cruelle ; où êtes-vous, petit matin à Uchon, brumes de Solutré, vertige du canal, biches de Chambord ? Les chevilles sont douloureuses de reproches, brûlantes de l’enchaînement des kilomètres parcourus sur le falun, je rêve maintenant de mettre mes pieds sous des cascades fraîches, de marcher sur le tendre sable de ma Baie promise, -encore si loin !-, de m’asseoir sur un tapis de mousses et de m’oindre de liniments rosats et d’alcoolats de Fioravanti. Ou mieux encore, avec de l’huile de Lys (dans la vallée !) me faire pétrir longuement par une odalisque, sur une aria de Bach…

Las, l’esprit s’égare. Quelle idée, aussi, de partir longtemps sur les chemins loin de chez soi ! Je pressentais depuis un moment que cette partie de l’itinéraire serait pénible : fatigue amassée, grossière caillasse pour remplir les ornières, paysage plutôt urbanisé quelque peu lassant, miettes de forêts trop courtes pour se revigorer vraiment : peu à peu un sentiment de grande lassitude et de vide intérieur s’installe, que les meurtrissures avivent à chaque pas.

J’ai l’âme douce-amère, comme la belle solanée des haies.

Un détour, en soirée, jusqu’à Lavardin, beau village qu’il faut aller inspecter… : les fresques médiévales y sont émouvantes, et les ruines du château troublantes.

Les anciens Pouvoirs sont enfuis.

 

 

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