Alleluia !

27/06/2018

Enfin, quitter la Sarthe ! Sa traversée m’a semblé interminable. Le sud du département est tellement triste, monotone, que le nord en parait presque pimpant. J’y ai vécu des heures ardentes, maudit ses lignes droites, perdu plus d’une fois mon chemin, rencontré de belles personnes, voulu boire un coup dans ses bistrots abandonnés, me suis fait scarifié par ses ronces, traîné ma chariotte sur l’empreinte saccadante de ses tracteurs : je l’ai parfois détesté mais, bref, je l’ai traversé, la Sarthe, moi qui vous parle. 

 


Mais aujourd’hui, Alléluia ! Vive la Mayenne ! Je parcours par un bon sentier de « crête » ( !) la forêt de Sillé, à l’ombre bienfaisante des jeunes arbres : par ce temps de fournaise, je dois modifier mon itinéraire pour ruser au mieux avec la fraîcheur des chemins creux. Plusieurs belles dénivelées, je m’essouffle, et même un col. 273 mètres d'altitude, Whaouhh : bienvenue dans les Alpes Mancelles ! 

 

 


A presque tous les carrefours, les croix votives veillent sur le voyageur : simples croix de pierre, de bois, ce ne sont pas des témoignages d’affirmation catholique, mais plutôt des talismans contre les douleurs, celles engendrées par des guerres de Vendée, les combats de la Révolution, qui ont martyrisé ce pays, déchiré des familles il n’y a en fait pas si longtemps.

 

 

 

Quoi, deux cent, deux cent cinquante ans, rien ! Aujourd’hui, personne ne comprend plus le sens de ces signaux, et le lierre, la mérule, et les lichens font oublier le sang autrefois versé. Plus que jamais, maudite soit la guerre ! Toutes les guerres !

Treize heure trente. Repartir sous la canicule. Est-ce bien raisonnable ? S’hydrater, se couvrir, s’aérer au souffle du Nordet. Mourir ici, ce serait finalement absurde, et au fond pas si mal. Non, avancer. Passer encore un nouveau « sommet », au-dessus de Saint Georges sur Erve, le hameau de Montsavannier, le bout du monde, je craignais que le chemin noir ait disparu : par chance, il existe. Les moucherons font un feu d’artifice sous le noir berceau des aubépines. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Basculer vers mon but, Sainte Gemmes. Rencontrer le bonheur d'un ruisseau, se jeter dans le maigre courant pour revivre, s’inonder d’eau fraiche à l’abri des regards, être un enfant, encore.

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