A l'encre Waterman

Campement ce soir au juste pied du Mont Gerbier de Jonc, dont j’appris le nom et l’image en noir et blanc dans les livres de géographie, tachés d’encre Waterman, de l’école publique, laïque et élémentaire. Haut jour ! Bienheureuse journée ! Départ avant huit heures, j’atteins les plateaux de Mézenc, inondés de fleurs dont seul le promeneur s’enivre. Rencontre avec Monsieur Auguier, agriculteur ici, et qui a un bon sourire. On parle du prix du gas-oil, des jeunes qu’on embauche et qui disparaissent, de l’herbe qui ne pousse pas, -on n’a jamais vu ça ! - et je lui vante les bienfaits des plantes de ses haies, qu’il côtoie mais ne connait pas les vertus. Drame terrible, il y a tant à raccommoder, à relier !

Les Estables, Mecque de la viande de « Fin-gras » (J’adore ce nom !), village devenu « spot touristique », où l’agressif vrombissement des motos et des Porsche supplante le puissant bruissement du vent sur la chevelure des hauts plateaux. Je pars en quête d’un hébergement, hélas ! j’avais oublié que c’était le pont de l’Ascension, et tout est complet. Rien qu’un cagibi, un bout de s’il vous plaît, pour un chemineau ! Rien, Nada ! Il faut repartir, malgré la bonne vingtaine de kilomètres du matin.

Heureusement, il y a le réconfort des chemins. Entre[SDLB1 aubépines et genêts, les rimes viennent en ma tête, je note. Je me nourris, je me goinfre de sorbiers et de pins noirs, j’emmagasine pour plus tard. Encore dix kilomètres, ou plus, je ne compte jamais, c’est un principe. J’insulte quelques motocyclistes de Trial, muets derrière leurs casques anonymes, et j’arrive, épuisé, au restaurant du Mont Gerbier, qui allait fermer. Le patron m’autorise à planter mon sarcophage, ma tente minuscule, dans la prairie connexe. Il me prépare un plat chaud à emporter – quel brave homme !- , et je le déguste, à la minute où j’écris ces lignes, dans le vent glacial qui claque le Mont Gerbier.

Demain, si j’ai le courage du matin, celui de sortir du duvet à cinq heures trente, j’irai saluer le lever de soleil au sommet sacré qui me protège ce soir. J’arrête. J’ai trop froid aux mains !

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