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AMOURS, PARAPLUIES ET ENTRECHATS


La Loire ! S’il est un fleuve au féminin, c’est bien elle ! Tant de fois, l’ai-je suivie en amoureux timide, depuis sa source, l’an dernier au Mont-Gerbier-des-Tempêtes, jusqu’à son estuaire où la géante va se marier à la mer à Paimboeuf, tant de fois mes chemins de passade me l’ont fait rencontrer, et je restais comme voyeur à l’observer dessous les saules. Plus tard j’ai pris mon courage, et j’ai marché sur ses « levées », ces digues de pierre censées la dompter. C’est toujours la même émotion lorsque je la retrouve, douce et puissante comme une femme du Levant, une onde indolente en apparence mais si dominante qu’on la regarde et qu’on se laisse faire. Cette callipyge Océanide m’attire, m’attire, et ce matin je longe ses berges, que dis-je ses berges ? Ses hanches. Peupliers d’Italie, érables negundo, frênes et aubépines lui font parures de reine. Et je parcours ses seins lourds et la marche se fait caresse. Il pleut.

Une pluie douce à aimer les jardins. Un voile pour fermer le baldaquin : le décor est parfait. Je serais Céladon, elle sera mon Astrée. D’ailleurs ce matin, après vingt kilomètres sous le parapluie fixé au sac, j’arrive à la Batie-d’Urfé, la demeure de l’auteur de ce fameux ouvrage du XVIIème siècle : « L’Astrée », qu’on dit jaillissement de la littérature nouvelle : l' histoire des amours contrariées d’un berger et d’une bergère du Forez. Un roman-fleuve (cela ne s’invente pas !) totalement démodé et que je n’ai jamais lu. Mais je connais bien l’opéra baroque dont La Fontaine écrivit le livret, et le surtout le nom éponyme du magnifique ensemble dirigé par Emmanuelle Haïm, que j’apprécie tant ! J’erre seul un moment dans ce jardin étrange, d’une austère géométrie, presque monacale. On ne parlait pas encore de jardin à la française, mais les codes sont là. Mais les codes, il faut les briser! Alors, j’attends un peu, pose mon sac, puis, seul dans le parc doucement mouillé, j’ose quelques pas de danse avec mon parapluie devant le temple de l’Amour. Je ne pensais pas que Montaigne m’aurait un jour invité à ce curieux ballet, moi qui n’ai jamais su danser !



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