COUP DE CHAPEAU !

Quand une herbe sauvage vous tire son chapeau,

Vous croyez être un botaniste remarquable !

C’est en me promenant ce soir au bord de l’eau

Que mes chevilles ont gonflé de façon incroyable :

La pétasite avait soulevé son galure

Alors que je cherchais un sujet pour ma fable.


Sont-ce mes cheveux blancs ou mon inquiète allure ?

Avais-je l’air lubrique, l’apparence coupable

De celui qui recherche l’aventure d’un soir ?

Moi qui suis innocent, tel Saint Jean le Baptiste

Le Bonnier à la main, j’explorais le terroir,

Quand cette gaillarde a cru que j’allais en piste !


La demoiselle, émergeant de son lit de tourbe,

La tignasse en bataille, comme juste après l’amour,

N’avait pas coiffé son bada de Pompadour,

Elle était « en cheveux », le regard un peu fourbe,

Encore ébouriffée par un hiver si long.

Dans la gadoue, quelle singulière apparition !


J’avais lu dans les ouvrages de botanique

Qu’il fallait se méfier de sa toxicité :

Malgré ses revendications thérapeutiques,

Visant la migraine et l’allerginicité,

On recommandait de conserver ses distances,

D’y préférer le plantain, d’oublier les croyances.


Mais la pécore persistait dans ses grimaces,

Cherchant à me séduire, moi l’humble scientifique.

Cette pétasite, n’est-elle pas une pétasse ?

La nitouche serait-elle donzelle publique ?

J’ai appris que l’été, ses feuilles monumentales

Rendraient soupçonneux tout le monde végétal !


Mais la vie est courte pour les belles gagneuses.

Il faut progresser vite, et occuper l’espace.

A peine la neige fond que les chaleurs précieuses

Font pousser les toupets aux têtes des bécasses.

Et voilà que des épis de fleurs en goupillons

En urgence se dressent comme en compétition !


Je sais que chez les grecs, sa dénomination

Signifiait « herbe au chapeau », car les jeunes pâtres

Se couvraient de ses immenses limbes verdâtres

Pour éviter du soleil les irritations.


Moi, pour fuir les œillades de cette Didon,

Quand j’herborise, je mets des bas de contention !


La Pétasite, Petasites sp.

Dans les gorges du Frou, à SAINT PIERRE D’ENTREMONT (73), le 2 mars 2021

© Texte et photos : Yves YGER, mars 2021

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