A TOUT VENT

Je suis souffleur de plumes de pissenlits,

De beaucoup de jardiniers l’ennemi.

Ce métier, je l’ai librement choisi :

Les professeurs m’avaient bien averti,

Qu’elle ne valait rien, ma belle théorie,

Car souffler n’est pas jouer, on me l’a dit.

Mais moi, je n’ai jamais vraiment compris

Pourquoi je ne gagne pas un radis.




Je suis souffleur de plumes de pissenlits.

Je m’occupe aussi de salsifis,

Des laiterons, des séneçons aussi :

Les composées, la liste est infinie !

En fait, ce n’est qu’une question d’énergie :

Il faut souffler avec économie,

Et adapter sa force à chaque fruit.

Vous comprenez ? Est-ce que cela vous dit ?


Je suis souffleur de plumes de pissenlits.

Il y a des souffleurs de comédie :

C’est au théâtre, ça ne vaut que mépris !

Au fond du trou, comme petites souris,

Le temps doit être long, à mon avis :

N’apercevoir que des jambes, quel ennui !

Si au moins, on recevait ses amis ;

Mais selon la règle, c’est interdit !


Je suis souffleur de plumes de pissenlit.

Je sais que l’on souffle la verrerie

A Murano, et dans la Vénitie.

Moi, je prétends que c’est supercherie,

Car souffler dans un tube tout petit,

C’est bien pour amuser la galerie !

Le seul, le vrai métier à mon avis,

C’est sur le Larousse qu’il est écrit !


Je suis souffleur de plumes de pissenlit.

Avec les vents, nous sommes en conflit :

L’aquilon, le zéphyr et même la pluie

Me font concurrence, ça n’est pas permis !

Faire voler les aigrettes, c’est ma partie,

Tout le reste, c’est de la mythologie.



Et si j’expire le prochain samedi,

Ce sera dans un champ de pissenlits.


Le pissenlit, Taraxacum dens leonis,

A SAINT BALDOPH (73), le 14 avril 2021

© Texte et photos, Yves YGER, avril 2021

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