LE POMMIER ET LA MAISON JAUNE


Un notaire cupide, au sale caractère,

Les saisons avançant, préparait sa retraite.

Près de sa maison jaune, il avait de la terre,

Et il se demandait quelle serait la recette

Pour continuer à faire trébucher les pépètes.

Le bonhomme, il faut dire, n’était pas très honnête !

- « Une idée ! Je vais planter un champ de pommiers !

Quand ils auront poussé, j’irai vendre les pommes,

Contre vaisselle de poche, en secret comité.

Moi, payer des impôts, ce serait un summum !

Si tout n’est pas vendu, je les ferai presser,

Et marchanderai cidre et goutte distillée.

J’ai un vieil alambic au fond de mon grenier :

Avec un feu de paille, rien à craindre des douaniers »

Il acquiert, près d’un arboriculteur véreux ;

Une centaine de plants, qu’il négocie au mieux.

Puis emprunte une bêche, et s’en va faire des trous,

Des carrés de deux pieds de côté, c’est beaucoup !

Surtout qu’il faut creuser la juste profondeur :

Il n’est pas terrassier, simplement amateur !

Des heures, une semaine de travaux forcés :

Mais les bras sont fragiles, quand on est tabellion !

Rien à faire ! Une fois le labeur commencé,

Il faut bien aller au bout de la damnation.

Il ahane, il gémit, mais le gain entrevu

L’oblige à poursuivre sa besogne éperdue.

Au bout de quinze jours, il est tout vermoulu,

Les cerceaux en déroute et la mine abattue.

Il rampe, épuisé, jusqu’à sa maison jaune.

De la paralysie, il a tous les symptômes.

On le soulève, on le transporte dans son lit.

On va quérir un docteur, qui lui interdit

De monter à l’échelle et jouer du sécateur.

Il ne pourra donc jamais être producteur !

Immobile, il regarde, par la fenêtre ouverte,

Les fruitiers maudits qui ont causé sa perte.

Je suis passé tantôt devant la maison jaune,

Elle est abandonnée, et ses murs décrépis.

Pour bien tailler ses arbres, il n’y eut personne,

Ni quand on l’enterra, tant il était honni.

Les pommiers ont grandi, mais en quarante années

Ils prennent des drôles de formes, s’ils ne sont pas mondés

Et les pommes qu’ils donnent ont taille ridicule

Ont-elles la pitié du planteur sans scrupules ?

L’argent n’est pas un but, et pour n’importe qui.

Aimer est un partage, c’est ce qui fait la vie!

Le pommier cultivé, Malus malus. Vallée des Entremonts (73), le 17 février 2021

(c)Texte et Photos Yves YGER, février 2021



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