Chez Etienne et Claire

Accompagné de mon ami Jérôme, nous arrivons par la montagne et les lavandes, à la ferme de La Louine, en Barnave, chez Claire et Etienne.

Adossée à la montagne, l’ancienne magnanerie, haut lieu de faire et de savoirs multiples, m’accueille ce soir pour une promenade de mots autour du monde des herbes et des arbres. J’avais rencontré Claire Montesinos sur son stand du marché de Die il y a quelques semaines, et le contact avait été si simple, si limpide. Etonnant comme la plupart des gens qui vivent vraiment dans cette « culture » (à tous les sens du terme) des plantes, passionnés et humbles à la fois, vous ouvrent leur maison, leur lieu de vie et de labeur, pour peu qu’on sache respecter leur façon de faire, leur parcours, leur singularité!

C’est pour moi un grand plaisir et une secrète fierté d’être accueilli dans l’antre de ces alchimistes, qui depuis des années, cultivent, aiment, et extraient la quintessence des plantes dans une démarche toute empreinte de qualité et de vérité. Etienne me raconte la cueillette de la lavande sauvage par les anciens sur les pentes du col de Menée, me parle de la couleur bleue des yeux de celui qui a l’a maintenue ici, dans le Diois, - il faudra que je retrouve son nom- et je découvre l’histoire de ces personnages admirables, extravagants de travail et d’audace, qui ont transmis dans leur territoire les techniques et la connaissance, alors que le fracas de l’économie, les transports, la concurrence, allaient bouleverser le monde. Je connais aujourd’hui, dans les massifs, encore quelques-uns de ces cueilleurs engagés, ces « fous des montagnes » au regard clair qui tiennent haut leur activité, et se battent avec tant de difficultés pour en vivre. Ce sont des êtres souvent exceptionnels et silencieux, et je suis fier d’avoir parfois appris auprès d’eux quelques bribes de leur expérience, moi dont le savoir vient le plus souvent des livres. Qui n’a jamais cueilli les perles d’aubépine sur les jeunes rameaux, n’a pas éprouvé la juste sensation, entre ses trois doigts, que provoque l’effeuillage de la tige avec la force exacte, juste assez pour cueillir, pas trop pour respecter la branche, n’a pas vraiment ressenti la Nature.

En ce lieu propice, je me dois parler aux spectateurs des arbres, de leurs histoires, de leurs pouvoirs, comment les hommes les ont vénérés, craint, utilisés, chantés, et c’est pour moi à chaque fois une intense jubilation que de rendre au public tout ce que j’ai eu la chance d’apprendre depuis mes jeunes années. Je ne suis pas un expert en botanique, je ne suis qu’un colporteur de mots, un bonimenteur d’almanach, un agitateur de feuillets et de feuillages, un raccommodeur du monde qui s’enfuit. Et, dans cette foire aux illusions gagnées, le public me donne tant.

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